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Le monde de Stef Pour cause de changement de version du logiciel de blog, mon blog est complètement sens dessus desous. Veuillez m'excuser pour la difficulté de lecture engendrée par ce fait ....

Lili des Bellons

Stef

"Lili des Bellons"marcel-pagnol-portrait

L'ami des collines

 

 

 

Il s'approcha : c'était un petit paysan. Il était brun, avec un fin visage provençal, des yeux noirs, et de longs cils de fille. Il portait, sous un vieux gilet de laine grise, une chemise brune à manches longues qu'il avait roulées jusqu'au-dessus des coudes, une culotte courte, et des espadrilles de corde comme les miennes, mais il n'avait pas de chaussettes (...).

 

lili-des-bellonsIl (...) me demanda :

"Qui tu es ?"

Pour me donner confiance, il ajouta :

"Moi, je suis Lili des Bellons.

- Moi aussi, dis-je, je suis des Bellons."

Il se mit à rire :

"- Oh ! que non, tu n'es pas des Bellons ! Tu es de la ville. C'est pas toi, Marcel ?"

(Le château de ma mère, 1957)

 

Rare photo de David Magnan enfant, dit "Lili des Bellons"

 

En réalité il s'appelait David mais, lorsqu’il était tout petit, il ne parvenait pas à prononcer correctement son prénom, les gens comprenaient Lili et il garda ce surnom toute sa vie .

Il fut l'ami des vacances passées à la Treille, celui qui appris à Pagnol les secrets des collines.

David Magnan est né le 18 avril 1898 à Allauch. Il habitait avec ses parents une ferme au nord du village de la Treille, au lieu-dit des Bellons.

La ferme, située non loin de la "Bastide-neuve" louée par Joseph Pagnol, existe toujours et appartient toujours à la famille Magnan. Son père se prénommait François et son frère Baptistin. C'est François Magnan qui aida la famille Pagnol a aménager aux Bellons en transportant leurs meubles sur sa charette le 1er août 1904.

ferme-lili-des-bellons-et-bastide-neuve.jpg

 

david-magnan-.jpgEmporté par la Grande Guerre

"Mon cher Lili ne l’accompagna pas avec moi au petit cimetière de La Treille*, car il l’y attendait depuis des années, sous un carré d’Immortelles : en 1917, dans une noire forêt du Nord, une balle en plein front avait tranché sa jeune vie, et il était tombé sous la pluie, sur des touffes de plantes froides dont il ne savait pas les noms...

Telle est la vie des hommes. Quelques joies, très vite effacées par d’inoubliables chagrins. Il n’est pas nécessaire de le dire aux enfants."

(Le château de ma mère, 1957)

*Enterrement de Paul Pagnol, mort dans une clinique de Liège le 28 Juillet 1932

 

 

Le soldat deuxième classe  Baptiste Joseph David Magnan est mort au combat le 23 juillet 1918 en défendant la cote 240 près du village de Vrigny, Champagne-Ardenne, pendant l'opération "Friedensturm", durant la deuxième bataille de la Marne.

Son unité, le 43e Régiment d'Infanterie Coloniale (43e RIC) commandée par le colonel Galisti, défendit le saillant de Vrigny ou elle s'était retranchée du 1er juin au 26 juillet 1918.

Grace à la ténacité des "Marsouins" et des tirailleurs Sénégalais qui ont tenu la position face à 5 attaques allemandes consécutives, la ville de Reims fut sauvée.

La cinquième et ultime attaque allemande sur la cote 240 eut lieu à la fin du mois de juillet. Des éléments de la 1ère Armée allemande furent lancés sur le secteur de Vrigny pour encercler Reims par l'ouest. Les 23e RIC et 43e RIC ne reculèrent pas et tinrent l'ennemi en échec. 

C'est sur cette colline, surplombant Coulommes-la-Montagne et Vrigny, dans le Bois Planté, que fut tué "Lili des Bellons" dans les combats du mardi 23 juillet 1918.

Il est enterré dans le cimetière du village de la Treille, la tombe de Marcel Pagnol se trouve non loin de la sienne.

le-bois-planté-cote-240-2

Le Bois Planté, près de Vrigny et Coulommes, en Champagne, là où  le 43e RIC a contre-attaqué les troupes allemandes  le 23 juillet 1918 et là ou est certainement mort David Magnan... Au lieu d'une "noire forêt" et de "touffes de plantes froides", il n'y a que des troncs d'arbres déchiquetés entre lesquels serpentent les tranchées des défenseurs au milieu des cratères d'obus...cote-240-Coulommes-la-montagne-vrigy.jpg

Vue actuelle de la Cote 240 et du Bois Planté à droite, sur le sommet.

 

Les adversaires


regiment-infanterie-coloniale-1915

Français: Des soldats d'un Régiment d'Infanterie Coloniale attendent devant une gare d'être envoyé sur le front. Ils n'étaient pas vêtus de tenues "bleu horizon" mais Khakies.

Stosstruppen--Stormtroopers--from-Landsturm-Infanterie-Regi.jpg Allemands: Des Stoßtruppen (troupes d'assaut) d'un Sturm-Bataillon. Les fusiliers d'assaut - des soldats aguerris et expérimentés - opéraient par petites unités dans des actions rapides et brutales en pointe des offensives allemandes. C'est ensuite l'infanterie régulière qui devait occuper le terrain et réduire les positions de résistance. Les  Stoßtruppen introduisirent des tactiques qui furent généralisées pendant la guerre suivante.

 

Offensive vers Amiens : Operation « Michael » (Michael Schlacht)

Pour comprendre la « petite histoire » du soldat David Magnan, il est nécessaire de la replacer dans la "grande" et de remonter aux événements qui ont pour origine les offensives planifiées par  le Generalquartiermeister Erich Ludendorff sur le front britannique de Arras-Saint Quentin.

ludendorff.jpgEn 1917, après les batailles de Tannenberg et du lac Masur, la Russie - le soit-disant "rouleau compresseur" tant vanté -  n’a plus la capacité de lutter contre l’Allemagne et de plus le pays est miné par les révolutionnaires. Avec la révolution de 1917,  le pays n'est plus en état de combattre et Trotski souhaite signer un armistice avec l’Allemagne, ce qui est chose faite à Brest-Litovsk le 3 mars 1918, mais qui est en réalité conclue dés décembre 1917. C’est une aubaine pour Ludendorff (image à gauche), le chef de l’armée allemande avec Hindenburg, qui peut transférer 35 divisions sur le front ouest et ainsi obtenir la supériorité avec les 152 divisions déjà présentes, sur les 170 alliés, pour éxécuter son plan "Michael". Ludendorff doit faire vite car les USA sont entrés dans la guerre et les divisions américaines feront bientôt pencher la balance en sa défaveur.

Pour les Allemands, le principal adversaire est l’Angleterre car depuis 1917 c’est sur son armée que repose l’essentiel de l’effort de guerre allié. L’armée française est mal en point et démoralisée, usée par des grandes offensives insensées très meurtrières. L’armée Allemande, même après 4 années de guerre est celle qui a le moins souffert (ses officiers ont plus ménagé leurs soldats que les Alliés) et le moral est haut, surtout après la capitulation russe.

David-Lloyd-George.jpgLe but de l’offensive est de percer vers Amiens, remonter vers le nord et acculer les Anglais à la Manche, ne leur laissant aucune issue possible que celle de la reddition. L’Angleterre battue, la France ne pourrait plus résister bien longtemps. Le plan est accepté par le Kaiser le 7 décembre 1917.

Les armées qui vont faire face à l’offensive allemande sont la 5th Army du General Hubert Gough, la plus faible de toute, et la 3rd Army du General Byng. Gough est peu apprécié, que ce soit par les soldats, les militaires ou les politiciens. Le premier ministre David Lloyd-George (photo à droite) l’a relégué sur un secteur « secondaire », celui de Saint-Quentin, en plein là ou va s’abattre une des plus formidables offensives allemandes de toute la guerre !

Sur 50 kilomètres de front, entre Arras et la Fère, sur l’Oise, les Allemands ont massé 57 divisions soutenues par 6473 pièces d’artillerie contre 25 divisions britanniques…debut-offensive-michael.jpg

Mars 1918, c'est le début de l'offensive sur la Somme, les troupes allemandes partent à l'assaut des troupes de Gough. Les pelles ne servent pas tant à ceuser mais plutôt comme armes dans les corps à corps. Ci-dessous: Le général Hubert Gough, commandant la 5th Army.


Hubert-Gough.jpgLe 21 mars à 4h du matin c’est l’enfer qui s’abat sur les Britanniques ! Un énorme éclair de lumière embrase l'horizon : 6500 pièces d’artillerie viennent de tirer en même temps, la terre est secouée comme lors d’un tremblement de terre, il est impossible de s’entendre parler !

A 9h40, l’infanterie allemande part à l’assaut. Les tirs d’artillerie ont détruit les réseaux de barbelés, perturbé les communications et provoqué la confusion sur les arrières de la 5th Army. Si le pilonnage de plus de 4 heures n’a pas fait autant de victimes qu’on pourrait le penser, certains soldats britanniques sont rendu fous par les explosions incessantes.

Stosstruppen.jpgLes Stosstruppen (dessin à droite) montent à l’assaut et s’infiltrent à travers les tranchées adverses, le brouillard dense joue en défaveur des Anglais. En une heure, les premières lignes ont été conquises sur 80 km. Très vite, la deuxième ligne est atteinte  et n’a guère plus de succès pour stopper les ennemis. Certains décident de lutter jusqu’à la mort, d’autres se rendent dés qu’ils voient les soldats allemands approcher. Des bataillons entiers disparaissent, d’autres se rendent en masse. A midi, le front de la 5th Army est percé, 47 de ses bataillons ont été perdus ! En trois heures, Gough a déjà perdu le tiers de son armée mais il ne le sait pas encore. Les premières et deuxièmes lignes anglaises n’ont pas réussi à contenir ou affaiblir l’armée allemande qui se présente devant la troisième et dernière ligne de défenses quasiment intacte. Elle est déjà attaquée à certains endroits dés 10 heures du matin. Beaucoup de soldats anglais et d’armement sont capturés. Le soir du 21 mars, l’armée de Gough a laché prise sur quasiment tout le front entre Arras et l’Oise. C’est la confusion complète et Gough doit réagir avant que toute son armée ne s’effondre totalement. Il ordonne alors un repli de toute l’aile sud de la 5th Army derrière le canal de Crozat.

3rd-army-se-replie-25-mars-1918

Les soldats de la 3rd Army de Byng se replient vers la rivière Ancre le 25 mars 1918. Ils passent devant plusieurs chars Mark IV.


En une journée, les Allemands ont beaucoup avancé et pris 46 villages. Les pertes peuvent être estimées à environ 40 000 hommes de chaque cotés (tués, blessés et disparus). Gough ne dispose que de peu de réserves et ses soldats reculent devant l’ennemi. Pétain envoie des divisions françaises à Gough mais, jetées dan la bataille une par une, elles ne sont que peu d’utilité.

Informé qu’une offensive aura également lieu en Champagne, Pétain ne peut cependant pas dégarnir ses propres lignes et doit garder ses autres réserves, mais le 25 mars, six divisions françaises tentent désespérément de freiner les Allemands. Le général Byng, au nord, envoie quelques unités pour prêter main forte à Gough. La 3rd Army qui tient le secteur d’Arras doit elle aussi reculer pour se retrancher sur l’Ancre.22-division-francaise-somme-25-mars-1918.jpg

25 mars 1918, la 22e Division d'Infanterie française vient prêter main forte à la 20th Division britanniques. C'est le retour de la guerre de mouvement, les troupes combattent hors des tranchées. Ici les Français et des Anglais ont creusé à la hâte des trous pour attendre les Allemands le long d'une route. Les soldats surnomment cette période "la guerre des trous"!

 

L'effondrement de la 5th Army

Pétain est très inquiet, la 5th Army de Gough semble non seulement ne pas vouloir arrêter son repli mais elle a quasiment cessé d’exister ! Plus il envoie de troupes françaises et plus les Anglais se retirent du champ de bataille. Il ordonne alors de privilégier la protection de Paris au détriment du front anglais si Amiens est prise. Il est très pessimiste :

« Les Allemands vont battre les Anglais en rase campagne. Après quoi, ils nous battront aussi ».

Pendant longtemps, les généraux avaient œuvré à rendre impossible la création d’un commandement unifié interallié mais cette fois ci la situation est désespérée. Le 26 mars, Foch est nommé généralissime des armées alliées.

Tank-Whippet.jpgLa 5th Army est en pleine déroute et la 3rd Army est attaquée sur l’Ancre, des unités allemande traversent le cours d’eau mais sont stoppés par les Néo-Zélandais et les chars Whippet (photo à gauche).

Devant la résistance de l’armée de Byng, Ludendorff décide de faire porter son attaque principalement sur l’ennemi le plus faible, la 5th Army, ce qui semble mettre facilement à portée de main la ville d’Amiens. La chute de la ville serait un gros problème pour les alliés qui perdraient un très important centre de communication entre armées. Pendant ce temps là, Foch fait envoyer des troupes depuis la Champagne.

Les troupes Allemandes commencent à investir des campagnes non endommagées par les combats. Albert est prise et pillée par les soldats de la 3. Marine Division. L’offensive semble ralentir sur le front de la 3rd Army. Le 28 mars l’attaque sur Arras échoue, les espoirs allemands se portent sur le front sud ou la 5th Army recule toujours.

Mais même en pleine débandade, des unités réussissent à opposer une résistance aux Allemands qui ont de la peine à avancer à cause de mauvaises coordinations entre unités.

A la fin du mois de mars, le général Gough est renvoyé et remplacé par le général Henry Rawlinson.

Les Allemands font une pause pour se réorganiser, ce qui laisse un peu de répits aux défenseurs anglais qui sont maintenant épaulés par les Australiens de la 9th Brigade dans le secteur de Villers-Bretonneux à partir du 29 mars. Quelques contre-attaques se déroulent ici et là mais le front est calme pendant plusieurs jours. A tel point que les Alliés se demandent si l’offensive allemande ne s’est pas tout bonnement achevée.

 

Georgette

Le 4 avril au matin, l’offensive reprend avec comme but Villers-Bretonneux puis ensuite Amiens mais l’attaque s’est quelque peu épuisée. Afin de bousculer le front nord britannique, Ludendorff inaugure l’opération Georgette et prends pour cible les divisions portugaises qui tiennent le front près d’Armentières. L’attaque débute vers 8h45 et, pris sous le feu de l’artillerie depuis 4h15, les Portugais se rendent ou fuit déjà, créant une brèche dans la ligne britanniques. Les Allemands s’engouffrent dans ce trou et foncent vers la Lys. Les Anglais font sauter le pont de Bac Saint Maur de justesse mais les Allemandes s’emparent d’une passerelle du génie. Armentières est menacée d’encerclement.  Kemmel.jpg

Les pentes du Mont Kemmel, une colline dominant les plaines alentours, près de Bailleul.

 

Georg II

Alors que la 1st Army est renforcée par des troupes de la 2nd Army, c’est celle-ci qui est maintenant frappée, le 10 avril. Dans le secteur choisi, entre Armentières et Ypres, se trouvent des unités qui ont combattu dans la Somme et sont très éprouvées. Le front ne tient pas très longtemps et les troupes qui résistent entre Nieppe et Estaires doivent se replier en laissant une brèche énorme près d’Armentières. Le front s’effondre et les Allemands s’approchent de Hazebrouck le 11 avril. L’approvisionnement britannique est directement menacé car Ludendorff compte bien s’emparer des ports comme Dunkerque. Mais le 14 avril l’attaque ralentit et stagne devant Hazebrouck et la forêt de Nieppe.

Malgré l’endiguement de l’assaut allemand, le général Plumer doit se résigner à faire évacuer le saillant d’Ypres difficilement tenable avec des soldats épuisés.  

Les Allemands poursuivent leurs efforts en direction du nord, espérant faire sauter les dernières positions de résistance vers la Manche. Ils capturent Bailleul le 15 avril puis Wijtschate. Le mont Kemmel est menacé.

Le 17, deux divisions attaquent vers Strazeele mais les assauts sont infructueux et le soutien d’artillerie peu efficace, les fantassins allemands piétinent. Des assauts sont lancés sur le Mont Kemmel mais sans grande force. Les Australiens tentent de reprendre Méteren près de Bailleul sans succès.

Le 25 avril, à 2h30 du matin, l’artillerie pilonne les positions des 6 régiments français qui tiennent les hauteurs du Mont Kemmel. Trois divisions et demi allemandes montent à l’assaut du relief avec des troupes alpines à leur tête. En quelques heures les Français sont rejetés des hauteurs et doivent se replier sur Locre (Loker). Le 29 avril, Locre est pris mais malgré la volonté du général von Lossberg d’exploiter ses succès pour avancer plus loin, Ludendorff se montre prudent et redoute une contre-attaque. Les soldats allemands n’iront pas plus loin, la bataille de la Lys est terminée.

villers-bretonneux-A7V-2 Les chars allemands A7V rentrent en action pour la première fois à Villers-Bretonneux. C'est le matin du 24 avril 1918, dans les champs près du petit village de Cachy, qu'eut lieu le premier combat de chars de l'histoire: A7V contre Whippets et Mark IV britanniques! C'est le Tank Mark IV Male du lieutenant Mitchell qui signa la toute première victoire d'un combat de chars, en mettant hors de combat le Sturmpanzerwagen A7V N°561 "Nixe II" avec trois obus!


La seconde bataille de Villers-Bretonneux

Le 17 avril 1918, les Allemands réitèrent leur attaque sur le village de Villers-Bretonneux. Environ 12000 obus à gaz moutarde s’abattent sur le secteur. 50 officiers et 600 soldats australiens retranchés dans le village sont gazés. En tout, ce sont plus de 1000 hommes qui périssent.

Il faut réorganiser la défense et celle du village est confiée à la 8th Division, constituée en majorité de jeunes recrues de moins de 19 ans sans expérience du feu. Les renseignements donnés par des prisonniers font état de la présence de quinze Sturmpanzerwagen A7V, les premiers chars que les Allemands envoient au combat !

Le 24 avril, les Allemands attaque le village et la rumeur se propage que l’ennemi a percé le front avec ses chars. Des chars Mark IV et des Whippet sont envoyé en avant. La situation est confuse et l’état-major britannique ne s’est pas rendu compte qu’il ya une brèche dans sa ligne. Les divisions allemandes progressent vers Villers-Bretonneux avec le soutien des chars. Totalement inexpérimentés, les jeunes bleus de la 8th Division ont été pris de panique devant les A7V et s’enfuient de toutes parts. Il est impossible de contre-attaquer avec la division anglaise, ce sont donc les Australiens des 13th et 15th Australian Brigades qui en sont chargés à la nuit tombante. Les Allemands finissent par lacher prise devant des soldats aussi enragés que les Australiens et Villers-Bretonneux est encerclé au matin du 25 avril. Le 26 avril, une division marocaine est envoyée vers le village de Hangard, au sud de Villers-Bretonneux, en pure perte, 3500 hommes sont massacrés par le feu des mitrailleuses allemandes.

villers-bretonneux-A7V-3

Un des Sturmpanzer A7V qui a provoqué la panique dans les rangs des jeunes recrues de la 8th Division.

progression-armee-allemande-marne-1918

Les troupes allemandes se dirigent vers la Marne après avoir enfoncé les lignes françaises sur le "Chemin des Dames" durant la Seconde bataille de la Marne.


 "Opération Blücher-Yorck": La Seconde Bataille de la Marne

Ludendorff attaque en Champagne en espérant que cette diversion attirera  le maximum de renfort alliés et ainsi affaiblir le front des Flandres. Celà fait, il porterait le coup de grâce à la l’armée britannique, ce qui, par conséquent scellerait le sort de l’armée française.  

Le 27 mai, les Allemands lancent l’attaque sur le « Chemin des Dames », une zone accidentée au nord de l’Aisne, témoin de rudes combats l’année précédente. Considérée comme impraticable pour une attaque d’envergure, le commandement français n’y a disposé qu’une défense légère. Le XIe corps tient la région avec la  21e Division d’infanterie, la 22e et  la 61e. La 45e DI occupe la position la plus à l’est, près de Reims. Le IXe corps britannique s’y trouve aussi mais il est épuisé par deux mois de combat près d’Amiens et Villers-Bretonneux. Autant dire que sa valeur combattante est faible.

Cependant, la région a été très bien fortifiée depuis 1917. Mais une erreur tactique du commandement français va priver les soldats alliés de cet avantage. En effet, les britanniques et les Français se retrouvent massés en grande partie sur la première ligne pour contrer l’ennemi et sont quasi anéantis par l’artillerie et l’assaut allemand. En 4 heures les défenses françaises s’effondrent. L’attaque a débuté le 27 à 4 heures du matin et à midi 45000 soldats alliés sont prisonniers !

Le corps anglais est balayé et le corps français est virtuellement anéanti.

Ludendorff jubile et les Français sont abasourdis. Dés le premier jour de l’offensive le front est percé et les troupes allemandes se précipitent vers la Marne. Quelques réserves sont envoyées en catastrophes mais, sans renseignement ni soutien, elles ne peuvent rien comme l’armée ennemie qui déferle. C’est la débâcle sur le front qui s’étend entre Reims et Soisson qui tombe entre les mains des troupes allemandes le 29 mai.

Château-Thierry, sur la Marne, est atteint le 1er juin. Paris est maintenant menacé. Cependant, l’attaque allemande s’essouffle et le 6 juin, Ludendorff ordonne la fin de l’offensive. Il lance une autre attaque vers Compiègne qui se solde rapidement par un échec le 13 juin


Offensive sur Reims : Opération « Friedensturm »

Le 15 juillet 1918 débute l’offensive nommée « Friedensturm » (offensive pour la paix). En effet, Ludendorff espère que cette opération pourra enfin lui permettre d'arriver à ses fins.seconde-bataille-de-la-marne

L’attaque est confiée au Kronprinz Wilhelm et la supériorité allemande n’est que marginale : 48 divisions contre 38 divisions françaises, deux italiennes et trois américaines. Les succès sont limités et très vite l’attaque est stoppée. Reims est inexpugnable et la cote 240 à l’ouest et le fort Pompelle à l’est sont tenus par des troupes coloniales et africaines qui ne veulent pas céder un pouce de terrain à l’ennemi. L’attaque est stoppée afin d’éviter des tués supplémentaires inutiles. Non seulement les Allemands piétinent mais les français contre-attaquent avec 24 divisions depuis l’ouest vers Soisson.

Forcé d’envoyer des réserves, Ludendorff évite le désastre mais doit annuler l’opération prévue dans les Flandres contre les Britanniques.

La victoire allemande est définitivement compromise et quelque mois plus tard l’armée du Kaiser Wilhelm II capitule.

 

coulomes-cote-240-1918.jpg

Coulommes-la-Montagne au sud de la Cote 240 visible en arrière plan, Vrigny se situe à la droite de la photo au fond. Vue prise après la guerre, les habitants ont commencé à rebatir et réparer les dommages.

 

LA COTE 240, JUIN- JUILLET 1918

La cote 240 culmine au sud-ouest de Reims au-dessus des communes de Vrigny, Gueux, Coulommes-la-Montagne, Janvry et Méry-Prémecy. Ce sommet domine au nord la vallée de la Vesle entre Reims et Jonchery, à l'est la plaine de Reims, à l'ouest le plateau de Janvry, Germigny, Rosnay, au sud-ouest une partie de la vallée de l'Ardre.

coulommes-la-montagne-1918Vue de Coulommes-la-Montagne après les combats.


Sur ce point stratégique un fort devait y être construit dans les années 1880 (type Serré de Rivière), le projet a été définitivement abandonné en 1888.

De la cote 211 on peut voir presque tous les forts de la ceinture de Reims. Sur trois faces, la "Cote 240" a été l'objet de combats sanglants causant la perte d'innombrables soldats français, italiens, sénégalais, algériens, anglais et allemands. La prise de cette position aurait permis de prendre Reims, par l'arrière, ville trop bien défendue pour être attaquée de front. 

Ce sont les éléments de la 213. Infanterie-Division allemande et de la 33. Infanterie-Division  de la 1. Armée Allemande du General Von Mudra qui étaient chargées de l'opération.secteur-de-vrigny-2.jpg

31 mai à partir de 8 heures, le village de Vrigny est attaqué par 3 régiments après une violente préparation d'artillerie. L'attaque est perturbée par l'artillerie française, située vers Les Mesneux et Bézannes, guidée par l'aviation. Le 74. Infanterie-Regiment pénètre dans le village mais doit se retirer sous l'effet des bombardements.

A 14 heures 30, une manoeuvre d'encerclement complet échoue, comme l'attaque de la Cote 240 par l'ouest.

1 juin : à 9 heures, l'infanterie attaque le village de Vrigny après un violent bombardement, à 12 heures l'attaque est repoussée par les Tirailleurs Algériens. Le 364. Infanterie-Regiment a également échoué en attaquant à partir de Gueux.

A 20 heures, l'attaque est renouvelée. Les rapport allemands font état de "succès manqué pour les deux divisions sur le village", "la Cote 240 a été attaquée par trois fois, avec des pertes énormes occasionnées par les Coloniaux Français". le 1er bataillon du 99e Régiment d'infanterie placés en arrière participe à la contre-attaque.

9 juin : Attaques violentes de Vrigny et de la Cote 240 depuis l'ouest, le terrain est repris par le 43e Régiment d'Infanterie Coloniale soutenu par le 3e bataillon du 99e RI (3/99 RI) de la 28e DI.

13 juin : violent bombardement de Vrigny occupé par les Sénégalais, "tout homme qui se découvre est "ajusté" par une mitrailleuse, un fusil ou un mortier français". L'attaque de la face ouest, vers 13 heures est repoussée.

16 Juillet : vers 20 heures nouvelle attaque de la face ouest défendue efficacement par les Sénégalais.

19 juillet:  Le 22th Army Corps britannique composé des 15th, 34th, 51st et 62nd Infantry Division vient relever le 2e Corpo d'Armata italien. Renforcées, les troupes Alliées prennent l'offensive.

le-bois-planté-cote-240-3.23 juillet : Un puissant feu roulant s'abat sur la Cote 240 et les espaces boisés situés à l'arrière. Partant depuis le bois de Vrigny, le 2/23 RIC en tête et le 1/23 RIC en soutien progressent dans le vallon du Méry et atteignent la ferme Méry et la lisière sud du bois Raveau à 1800 m de ses positions de départ alors que le 43e RIC contre-attaque péniblement dans le Bois Planté sur le plateau de la Cote 240 (photo à droite).  Le décalage entre le 23e RIC et le 43e RIC crée un trou ou s'engouffre l'ennemi pour tenter de prendre à revers les "Marsouins". Les Allemands sont repoussés et les bataillons du 23e RIC "colmatent" la brèche avant la nuit. David Magnan est tué dans la contre-attaque dans le Bois Planté.

24 juillet: La journée est assez calme.

25 juillet : Dernière attaque par le nord-ouest repoussée.

27 juillet: La I. Armee Allemande entame un mouvement de retraite.

2 août: Vrigny est entièrement aux mains des "Coloniaux".

le-bois-planté-cote-240

Le Bois Planté sur la Cote 240. La guerre est finie mais les arbres déchiquetés par les explosions et les schrapnels témoignent encore de la rudesse des combats. Des rouleaux de barbelés trainent encore dans les sous-bois.


regiment-tirailleurs-senegalais-14-juillet--1913tirailleurs-algeriens-1914

  En haut: Le 1er Régiment de Tirailleurs Sénégalais parade pour le 14 juillet 1913.

Ci-dessus: Des tirailleurs algériens embarquent dans le train vers le front au début de la guerre.


HOMMAGE

- Que ce soit en Crimée en 1854-55, en 1870, en 1914-18, durant la Seconde Guerre mondiale  ou même en Indochine, les troupes des colonies d'Afrique ont toujours fait preuve de beaucoup de courage et de bravoure. Ils sont venus se battre dans des guerres qui n'étaient pas les leurs et  même si l'Etat français ne les a jamais reconnu et récompensé à leur juste valeur, ils ont été fiers de se battre sous uniforme français. Une pensée donc à tous ces vétérans des anciennes colonies françaises.

- Hommage également aux plus de 1.300.000 autres "Lili", tombés sur les champs de bataille pour défendre la France durant la Première Guerre mondiale.



acte-de-deces-magnan.jpgActe de décés de "Lili", engagé à Marseille en 1918 et mort lors des combats de Vrigny le 23 juillet 1918 lors de l'opération "Friedensturm".

lili-steleLa stèle de la tombe de David Magnan au cimetière de la Treille.

 

Note: Si vous relevez des erreurs ou possèdez plus d'informations sur la Cote 240, envoyez moi un message en cliquant ICI. Je cherche également un ouvrage qui traiterait en profondeur des combats de la Vallée de l'Ardre, des montagnes de Reims etc... en 1918. merci!

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Commentaires

Tietie007 15/11/2016 07:13

Mon grand-père, Pierre Gortchakoff, était allé combattre avec sa brigade russe, sur le front de Salonique.

abricot 12/06/2013 22:27

Merci pour cette superbe et éclairante note, si complète.

sans 24/05/2013 14:40

Un magnifique article, complet et enrichissant, je suis tombée sur votre site en recherchant des informations sur Lili des Bellons, je ne suis pas déçue, bravo à vous!